CHANVRE ET CANNABIS   

 

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TABLE DES MATIERES  

Introduction 

Le chanvre est une mauvaise herbe    

Le chanvre textile   

Le chanvre alimentaire    

Le chanvre et son cousin le houblon   

 L'odeur du chanvre   

Du chanvre au hashish    

De l'usage du cannabis     

Le cannabis et le cerveau   

L'influence sociale du cannabis   

Le cannabis et les religions   

La diabolisation du cannabis aux USA   

Le vocabulaire du cannabis   

Le cannabis: une panacée? 

 

 

INTRODUCTION

 

Le chanvre a deux visages. Sa tige sert depuis toujours à produire des fibres et des graines d’une grande qualité; ses fleurs femelles fournissent depuis toujours le hashish, résine psychotrope à usage récréatif ou médical. Ces deux aspects totalement différents d’une même plante sont une source constante de malentendus. Nous allons essayer d’y voir le plus clair possible.

 Si l’on demande autour de soi ce qu’est le chanvre, on entendra parler de cordes, éventuellement "de pendu" (la cravate de chanvre). Un vieux plombier se souviendra peut-être de la "filasse" qui assurait l’étanchéité de ses raccords et qu’il a remplacée par du teflon. C’est à peu prés tout.  

Pourtant, nos ancètres, à part les plus riches, et encore, étaient habillés de chanvre. Ce sont des voiles en chanvre qui poussèrent jusqu’en Amérique les bateaux de Christophe Colomb; c’est sur du papier de chanvre que fut imprimée la bible de Gutenberg. Cette plante, ce n’est pas n’importe quoi.

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Si par contre, l’on prononce le mot cannabis, la réaction de l’auditoire est toute différente, bien qu’il s’agisse simplement du mot chanvre en latin. On évoquera alors une drogue à la mode chez les jeunes, drogue diabolisée par les uns, admise ou défendue par d’autres. En tout cas, sous le vocable “cannabis“, le chanvre n’est nullement perçu comme un végétal, mais comme un problème social et politique.

 Le chanvre est une plante très évoluée: elle n’a quasi pas d’ennemis biologiques, ce qui permet de la cultiver quasi sans herbicides, fongicides et pesticides. De nos jours, son principal ennemi est… le gendarme. Il est un fait que, si dans un vignoble, on parcourt librement les rangs de vignes, le lecteur désireux de s’instruire a peu de chances de rencontrer le chanvre dans la nature, un jardin ou un champ. Il y a à cela de bonnes raisons.

Pour le comprendre, il suffit de lire ce que dit, en 2009, la loi française: Le cannabis est un stupéfiant. Son usage, sa culture, sa détention ou sa vente sont interdits. Cette interdiction concerne toute la plante, mâle ou femelle, les graines, le pollen, l’herbe, le haschich, l’huile, quelles que soient les quantités. 

 Pourtant, rien qu’en France, de l’ordre de 2% de la population fume régulièrement du cannabis et un quart de la population et la moitié des jeunes de 17 ans l’ont “essayé”. Comme nous le verrons, ce type de loi est directement influencé par la législation américaine et la diabolisation du chanvre dans ce pays à partir des années 30.  

Nous allons essayer de comprendre pourquoi le chanvre est la seule plante qu’il soit interdit de planter dans son jardin, ni de regarder pousser en pot dans sa véranda. Pourtant, cette plante que l'on connaît depuis toujours est une des plus prometteuse pour l’avenir. Ceci mérite tout de même une réflexion approfondie. 

NB. Pour mémoire, et par précaution, nous signalons que l'abus des drogues (alcool, cocaïne, tabac, cannabis, éther, chocolat, sucre, jeu, sexe, etc ) est mauvais pour la santé. Pour plus d'information à cet égard, consulter les sites officiels.                                                  


 

LE CHANVRE EST UNE MAUVAISE HERBE

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Pour se familiariser avec le chanvre tout en évitant les sèches et ennuyeuses descriptions botaniques, nous n’hésiterons pas à citer régulièrement un auteur ancien qui lui vouait une véritable adoration, bien qu’il n’ait jamais entendu parler de "joints" et autres "pétards". Il s’agit de François Rabelais

 En 1543, ce dernier consacre en effet au chanvre les quatre derniers chapitres du "Troisieme livre des faicts et dicts Héroïcques du bon Pantagruel "(Tiers Livre). Il nomme d’ailleurs cette plante « pantagruelion » car c’est, selon lui, son héros qui en inventa les innombrables usages.

 On y trouve la description précise de la plante dans le style surabondant et presque surréaliste propre à cet auteur. Son exactitude tient au fait que son père, en cultivait à grande échelle dans sa propriété près de Chinon. Par respect pour Rabelais, nous avons gardé sa langue originelle. 

 SES TIGES 

Haulteur d'icelluy communement est de cinq à six pieds.  

 Aucunes foys excède la haulteur d'une lance.     

Il est un fait que les variétés de chanvre cultivées en France ne dépassaient et ne dépassent encore que rarement la hauteur d’un homme, ce qui n’est pas si mal pour une "herbe".

Sçavoir est, quand il rencontre terrouoir […] humide sans froydure [… et que pluye ne luy deffault environ les Feries des pescheurs, et Solstice aestival […] et surpasse la haulteur des arbres ,[…] quoy que herbe soit par chascun an dépérissante. Et du tige sortent gros et fors rameaux.

 Rabelais est bien informé. Le chanvre est une haute herbe annuelle qui peut, lorsqu’elle rencontre des conditions optima, dépasser les 6 mètres de haut. On comprend que les amateurs de "joints" qui le cultivent illégalement se donnent bien du mal pour dissimuler ces hautes tiges ou préfèrent choisir des variétés basses à cultiver à l'intérieur.

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 Les photos ci-dessus montrent un soldat Canadien à la recherche de Talibans dans un champ de chanvre en Afghanistan et un de ses compatriotes fier du sien …au Canada.  

                                           

SES FEUILLES  

Les feueilles a longues trois foys plus que larges, […] finissantes en poinctes […] comme une lancette dont usent les Chirurgiens. Et sont par rancs en eguale distance esparses au tour du tige en rotondité par nombre en chascun ordre ou de cinq, ou de sept. Tant l'a cherie nature, qu'elle l'a douée en ses feueilles de ces deux nombres impars tant divins et mystérieux. 

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 Il est un fait que la feuille du chanvre présente cinq folioles écartés rappelant les doigts d’une main, ce qui correspond sans doute à son type d’origine. A la base du pétiole s’ajoute parfois un ou plusieurs couples de folioles ce qui donne 7, 9, 11 et même jusqu’à 13 folioles pour certaines variétés riches en hashish. Cette feuille très typée symbolise la lutte de ceux qui demandent de nos jours la libéralisation de l’usage du cannabis à titre récréatif, mais aussi médical. 

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SON NOM  

C’est le grand naturaliste Carl von Linné qui prit l’excellente l’habitude, que nous avons conservée, de désigner les animaux et les plantes par un double nom latin.  C’est ainsi que tous les chiens malgré leur diversité appartiennent officiellement à l’espèce Canis lupus et les hommes actuels à l’espèce Homo sapiens. 

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 Linné connaissait fort bien le chanvre car ses chemises étaient certainement tissées dans les fibres de cette plante. Il le nomma Cannabis Sativa, attirant ainsi l’attention sur le fait qu’il s’agissait d’une plante largement cultivée (sativus), au même titre que l’ail (Allium sativum) et le radis (Raphanus sativum). En vérité, Linné ne se creusa pas fort le crâne pour choisir son nom de genre car la plante se nommait déjà Cannabis en latin, Kannabis en grec, Kannab en arabe, Kanneb en Hébreux et Quannabu en Assyrien. Ce terme dérive d’une racine ancienne qui désignait un objet creux ce qui est bien le cas de la tige de la plante lorsqu’elle est adulte.   

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  Lorsqu’il est question de chanvre « à fumer », qu’on le qualifie de “cannabis” ou de “marijuana “, on entend très souvent parler de “ chanvre indien “. Nous pensons utile de nous débarrasser, en le justifiant, de cette expression qui ne correspond à rien à notre époque.

 Il est vrai qu’en 1785, le biologiste Jean Lamarck put se procurer une variété nettement différente du chanvre classique textile et qu’il nomma Cannabis indica. Voici ce qu’il en disait:

Cette plante dont Mr. Sonnerat m’a envoyé quelques échantillons qu’il a récolté aux Indes, nous apparait comme une espèce très distincte de la précédente […]. Les folioles sont très étroits, linéaires-lancéolés et très pointus.  

 Les individus mâles ont cinq ou sept folioles, mais ceux qui sont femelles n’en portent généralement que trois à chaque pétiole et les feuilles supérieures même sont plutôt simples. […] Cette plante pousse dans l’Est de l’Inde. Son tronc ferme et son écorce fine le rend incapable de fournir des fibres similaires à l’espèce précédente [C.sativa] dont il est fait tant usage . 

 Cette description ne correspond nullement (en tout cas en ce qui concerne les feuilles des plants femelles) au “ cannabis “ tel qu’on le connaît. Il en est de même pour l’exemplaire décrit qui, par chance,nous a été conservé dans l’herbier de Lamarck.   

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  Notons aussi que de son côté, le botaniste russe Janischevsky étudia en 1924 une espèce sauvage de très petite taille poussant dans la majeure partie de la Russie du Sud-Est. Se basant sur des détails du fruit, il proposa le terme Cannabis ruderalis (Chanvre des décombres) .

 Aujourd’hui, le Cannabis indica de Lamarck et le Cannabis ruderalis de Janischevsky sont simplement considérés comme des formes extrêmes de l’espèce unique Cannabis sativa.

 Notons que les producteurs de graines de cannabis ont pris l'habitude d'utiliser les termes ”sativa “et “indica “pour qualifier certaines variétés en fonction de leur effet euphorisant et de leur goût personnel, peu de rapport avec la botanique. C’est ainsi qu’ils dénomment souvent “sativa “des espèces cultivées dans des zones équatoriales. Pour une discussion à ce sujet, voir: http://sensiseeds.com/fr/blog/quelle-est-la-difference-entre-indica-et-sativa/  

SON SEXE  

À l’état sauvage, le chanvre est déjà exceptionnel car il fait partie des rares plantes portant des fleurs mâles et femelles sur des plants séparés, environ 4 % de toutes les plantes à fleurs seulement .

 Ici quelques notions de botanique s’imposent car cet aspect est essentiel pour comprendre la façon parfois complexe de se comporter de cette herbe.

 En fait, la plupart des plantes à fleurs sont hermaphrodites, car elles possèdent groupés dans la même fleur des organes femelles (ovaires) et des organes mâles (étamines). Très souvent, comme chacun sait, le pollen est transporté d’une fleur à l’autre par des insectes en quête de nectar et de pollen. Cependant, un minorité de ces plantes transformèrent autrefois leurs fleurs sous l’effet de mutations et de la sélection naturelle, décidant de se passer totalement de l’aide des insectes et confiant leur pollen au vent.

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 Leurs fleurs se divisèrent ainsi en fleurs femelles (par disparition des étamines) et en fleurs mâles (par disparition de l’ovaire ) Dès lors, ce qui caractérisent une fleur à nos yeux (couleur, pétales, taille, odeur) s’effaça et ces dernières devinrent minuscules et peu attrayantes 

En 1750, Linné, qui venait d’apprendre avec intérêt et étonnement que les fleurs avaient un sexe, les divisa en monoïques (les fleurs des deux sexes, bien que séparées, cohabitent sur le même plant) et dioïques (les fleurs mâles et femelles se développent sur des plants différents).  

Pour Linné, les fleurs des plantes dioïques, faisaient en quelque sorte “chambre à part”.

 

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 Ci-dessus, une jolie gravure extraite d’une de ses oeuvres illustre la fécondation entre plants dioïques. Elle pourrait parfaitement servir à illustrer les amours du chanvre (Cannabis) bien qu'il s'agisse de la mercuriale annuelle, mauvaise herbe courante dans nos plates bandes.  

Un livre ancien chinois, les Arts Essentiaux pour le Peuple (Qi Min Yao Shu), en parlant du chanvre, est très explicite : “Si nous enlevons le chanvre mâle avant qu’il ne répande son pollen, la plante femelle ne peut produire de graines.” Ceci précède de 1500 ans les réflexions de Linné.  

SES SEMAILLES

On sème cestuy Pantagruelion à la nouvelle venue  

des Hyrondelles, on le tire de terre lors que les

Cigalles commencent s'enrouer. 

Le chanvre est une herbe annuelle, autrement dit dont la vie ne dépasse jamais un an. Elle compense cet handicap par son énorme vitesse de développement: pour le plant mâle de l’ordre de 3 mois de la graine à la floraison. Dès que ce dernier a répandu tout son pollen, il décline et se flétrit. Le plant femelle fécondé prend un bon mois de plus pour assurer la maturité de ses graines. Ceci est évidemment variable selon la variété et les conditions de culture.

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A ce propos, cette culture étant interdite et passible des tribunaux, semer du chanvre et le faire pousser au vu de tous est aléatoire, le “cultivateur “ illégal étant à la merci de la moindre dénonciation. La solution idéale pour l'amateur est donc la culture à domicile, de plus en plus développée. Le chanvre étant dissimulé et ne recevant aucune lumière naturelle, le cultivateur y supplée à l’aide de tubes fluorescents spécialement conçus pour imiter au mieux la lumière du jour. Il est évidemment obligé d’élever progressivement ses rampes d’éclairage au fur et à mesure que la plante pousse. On aura compris que les sélectionneur, surtout hollandais, aient fait de leur mieux pour trouver des variétés basses à larges feuilles, ces variétés sont évidemment qualifiées de “indoor “.   

L’on constatera, comme le dit Rabelais, que sous nos climats le chanvre fleurit essentiellement en automne, ou plus exactement lorsque le nombre d’heures d’éclairage par jour diminue rapidement. Ce fait est bien connu des “cultivateurs “qui, lorsqu’ils désirent obtenir une floraison précoce, disposent leurs plants dans l’obscurité quelques heures par jour pour tromper la plante! Cela réduit aussi leur consommation d’électricité.

Attention ! Ceci n’est pas un cours de culture de cannabis, mais le minimum à savoir si l'on veut comprendre sa “problématique “.  

 SON PAYS NATAL  

Il faut d’abord se rendre compte que le chanvre n’a rien à voir avec ces pauvres plantes dites “endémiques”qui n’arrivent à pousser qu’en un seul lieu et qu’il faut parfois protéger pour en garder le souvenir.

Il s’agit bien au contraire d’une haute herbe prolifique dont la région d’origine est l’Asie centrale, disons la Chine pour faire simple. Des graines et feuilles de chanvre trouvées dans des tombes de shamanes de la province du Xinjiang, ont été datées de 2500 av .J.C. Leur usage était sans doute rituel et médicinal. Au fond, peu importe son lieu d’origine exact, d’ailleurs incontrôlable, car, semant abondamment ses graines et véhiculé par les divers peuples qui lui ont trouvé des tas de vertus, le chanvre est aujourd’hui présent dans le monde entier. 

En tous cas, la Chine a longtemps été considérée comme le pays “du murier et du chanvre”. Son nom chinois est ta-ma, la “grande fibre”, ma désignant en fait toutes les fibres textiles. L’idéogramme correspondant montre, semble t-il, deux plants pendant dans un séchoir.

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 Dans le Er Ya, le plus vieux dictionnaire chinois, datant d’environ 200 av.J .C, on trouve la phrase suivante: " Le chanvre mâle est nommé xi ma, le chanvre femelle ju maJu ma pousse haut et droit. Sa fibre est très épaisse et solide et ses graines peuvent être mangées. La fibre de xi ma est fine et souple et peut être utilisée pour filer les vêtements.“   

Il y a de cela bien longtemps, le chanvre se propagea dans toutes les directions par les routes commerciales vers la Chine orientale et le Japon, vers l’Inde et le Sud-Est Asiatique et ensuite vers l’Europe, gràce surtout, aux Scythes qui, dit-on, en faisaient grand cas.

 Il est un fait que l’historien grec Hérodote qui voyagea longtemps dans la région au Nord de la Mer Noire témoigne du fait que ces derniers utilisaient le chanvre sous tente lors des cérémonies funéraires. L’ivresse observée résultait de l’inhalation des fumées produite par les sommités femelles jetées sur des charbons ardents.

 “Dès qu’il commence à fumer, il donne une vapeur qui n’est surpassé par aucun bain de vapeur que l’on peut trouver en Grèce. Les Scythes sont à se point heureux qu’ils crient de joie.” 

Les dires d’Hérodote, souvent discutables, ont cependant été confirmés par la découverte récente de tombes Scythes en Asie centrale datées de 500 à 300 avant JC dont on a extrait des brasiers contenant des restes de graines de chanvre. 

                 

       LE CHANVRE TEXTILE

 De la racine procède une tige unicque, rond, […], verd au dehors, blanchissant au dedans […], ligneux, droict, friable, crenelé quelque peu à forme de columnes legierement striées: plein de fibres, esquelles consiste toute la dignité de l'herbe.  

On peut dire sans se tromper que le chanvre fut depuis une date immémoriale jusque vers 1800 après J.C une des plantes les plus cultivées en Eurasie pour les vêtements, les voiles des bateaux, les cordes, le papier, l’huile comestible et d‘éclairage, l’encens, la médecine et d’une façon générale la nourriture des hommes et des animaux.

 De même, il est à noter que le papier le plus ancien connu, découvert en Chine, était fait entièrement de chanvre. Comme nous le verrons dans l’histoire récente de l’Occident, la maîtrise des mers passait en bonne partie par celle du chanvre destiné à l’équipement des bateaux à voile. Le chanvre est curieusement le pendant du Lin utilisé comme lui pour ses fibres et ses graines. Linné avait nommé ce dernier Linum usitatissimum, autrement dit “utile au plus haut degré”. Il aurait fort bien pu utiliser le même nom d’espèce pour le chanvre au lieu du modeste sativa (cultivé). 

 SES FIBRES

 

                    On connaît dans chaque hémisphère 

                    Notre Cane, Cane, Canebière 

                    Et partout elle est populaire

                              Notre Cane, Cane, Canebière

                                                        R. Sarvil - Vincent Scotto

 

Ceux qui cultivèrent le chanvre pour ses fibres usèrent d’un vocabulaire qui leur était propre. C’est ainsi qu’ils nommèrent leurs champs chènevières (appelées aussi canebières dans le Sud), comme on dit vignoble pour la vigne.

 Pour séparer les fibres du centre de la tige, il les laissaient rouir, autrement dit pourrir dans des trous d’eau, comme pour le lin. Ce procédé dégageait une odeur nauséabonde et polluait l’eau, mais on y était habitué.

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Puis, chacun rentrait le chanvre en attendant l’hiver où les hommes revêtus de tabliers de cuir teillaient les tiges, une à une, une “deille” en fer glissée au doigt pour séparer la filasse des chènevottes (parties ligneuses qui servaient à allumer les poëles).

 La “filasse” ainsi obtenue était vendue aux cordiers et aux tisserands pour être filée, tressée et transformée en sacs, en ficelles, en cordes, en draps, en chemises.                                            

SON HISTOIRE

On ne le répètera jamais assez, autrefois peu de plantes étaient aussi connues et importantes pour la navigation que le chanvre. ll faut imaginer qu’un bateau à voile moyen pouvait être équipé de 50 à 100 tonnes de fibres de chanvre devant être remplacées tous les ans ou deux à cause du pourissement dû à l’eau de mer. Cela comprenait les voiles, les cordages, les matières d’étanchéité, sans oublier le journal de bord et la bible (sur les bateaux protestants).

En Angleterre, sous le règne d’Elisabeth, le titre de citoyen anglais était attribué aux étrangers qui s’engageaient à produire du chanvre et des amendes étaient prévues pour ceux qui refusaient.

On comprend que le chanvre fut introduit en Amérique du Nord dès l’implantation des colons puritains. L’un d’eux prétendait d’ailleurs que le fait qu’il poussait “deux fois plus haut” qu’en Angleterre prouvait la fertilité du sol.

 

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De son côté, le roi de France promit d’acheter tout ce que que les fermiers canadiens pouvaient produire. Dans les colonies américaines, comme en Angleterre, des règlements en rendait parfois la culture obligatoire et beaucoup de taxes étaient payée sous forme de tiges. Des villes américaines portent d’ailleurs toujours le nom de cette culture principale comme HampshiresHempsteads ou Hamptons. (de hemp: chanvre). L’indépendance des colonies (1776) rendit les importations de chanvre américain vers l’Angleterre de plus en plus aléatoire et la Russie devint un exportateur essentiel pour la flotte anglaise.

 En France, sous la première république et l’Empire, ce produit était si précieux qu’un décret de 1802 interdit son exportation vers l’Allemagne et la Suisse. En 1807, Napoléon signe avec le tzar le traité de Tilsit qui interrompt le commerce maritime entre l’Angleterre et la Russie, ce qui encourage les navires américains à trafiquer le chanvre. En fait, le tzar ferme les yeux sur ce traffic . En 1812, Napoléon déclare la guerre à la Russie en partie pour cette raison.

Plus tard, l’importance du chanvre décrut progressivement. Sa fibre fut remplacée par le bois pour la fabrication du papier, la marine à vapeur réduisit l’usage des voiles, l’invention de la machine à égrèrer le cotton permit à ce dernier de remplacer le chanvre dans la fabrication des habits.

D’autres fibres lui firent concurrence comme celles de l’abaca, le “chanvre des Philippines “. La hausse des coûts de la main d'oeuvre a fait que l'on a délaissé le chanvre pour la production du coton, du jute et d'autres plantes textiles tropicales dont les frais de production étaient moins élevés.

 Aux États-Unis pendant la guerre 1940-1945, l’abaca qui avait en bonne partie remplacé le chanvre car moins coûteux, n’arrivait plus des Philippines, aux mains de l’armée japonaise. Les besoins en fibre de la marine n’étant plus satisfaits, le gouvernement américain, qui, comme nous le verrons avait strictement interdit la culture du chanvre, fit volte face et encouraga de nouveau cette culture en distribuant des tonnes de graines.   

Le gouvernement diffusa même en 1942 un film de propagande “ Hemp for victory”   dont l’existence fut niée par les autorités et que l'on peut voir de nos jours sur internet.

www.youtube.com/watch?v=jokV8xlJTNE

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 En 1943, les agriculteurs du Minnesota, de l’Iowa, de l’Illinois et du Wisconsin montrèrent leur esprit patriotique en produisant pas moins de 60.000 tonnes de fibres.

La prohibition du chanvre sous toutes ses formes fut rétablie en 1957 et continue avec rigueur de nos jours.

 En 1948, on reparle du chanvre, et devant un Congrès d'un anticommunisme forcéné, puis dans les journaux, un certain Anslinger, sur lequel nous reviendrons, prétendit que la marijuana mettait ceux qui en consommaient dans un état si paisible et si pacifiste qu'il ne restait plus aux rouges qu'à les cueillir !  

SA CULTURE AUJOURD'HUI

 Dans le monde d’aujourd’hui, à part aux États-Unis, la culture du chanvre pour ses fibres est autorisée, mais à des conditions draconiennes. 

Par exemple, en France:  “[…] le Ministre chargé de la Santé, le Ministre chargé de l’Agriculture et le Ministre chargé de l’Industrie peuvent, par arrêté conjointautoriser la culture, l’importation et l’exportation de variétés de Cannabis dépourvues de propriétés stupéfiantes »   

Il est amusant de constater que les autorités françaises font semblant d’ignorer le mot « chanvre “et qu’un particulier n’a aucune chance de recevoir l’autorisation de faire pousser le moindre plant “à fibre".   

Il semble que la fibre de chanvre après une longue éclipse soit appelée à une véritable résurrection. Son rendement en fibre par hectare est bien plus élevée que celui du bois et sa transformation en papier, si elle est conduite à l’aide de procédés modernes, est moins polluante.  

Par ailleurs, la fibre étant enlevée, le bois du chanvre (chènevotte) permet de fabriquer des panneaux de particules pour l’ameublement, l’isolation et la construction (même de voitures). Le reste peut aussi servir de litières pour animaux. En effet, la chènevotte véhiculait la sève lorsque la plante était verte et ses petits canaux se vident de cette sève en se desséchant. Dès lors, la chènevotte va acquérir une énorme capacité d'absorption des liquides .

 Actuellement, dans l’Union Européenne, le chanvre “dépourvu de propriétés stupéfiantes” est défini par une réglementation qui n’est destinée qu’à permet d’attribuer au lin et au chanvre les subsides prévus par la Politique Agricole Commune. En effet, depuis 1988 :

 “Il est institué une aide pour le lin destiné principalement à la production de fibres et pour le chanvre produits dans la Communauté. Toutefois, l'aide pour le chanvre n'est octroyée que s'il est produit à partir de semences de variétés offrant certaines garanties à déterminer en ce qui concerne la teneur en substances inébriantes du produit récolté. “

 Nous reparlerons de ces ”garanties “.

                                

  LE CHANVRE ALIMENTAIRE  

La semence provient vers le chef du tige, et peu au dessoubs. Elle est numereuse autant que d'herbe qui soit, […] delicieuse à tous oyseaulx canores, comme Linottes, Chardriers, Alouettes, Serins,Tarins,& aultres.   

Chaque fleur femelle fécondée du chanvre ne contient qu’une graine de quelques millimètres enveloppée d’une écorce très dure (un peu comme une noisette). C’est cette graine que l’on nomme chènevis et que l’on trouve encore chez les fournisseurs de produits pour la pèche et pour l’élevage des oiseaux qui en rafollent, comme le remarque Rabelais.

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Ces graines ne conviennent pas trop mal à l’alimentation humaine comme les Chinois l’ont prouvé de tout temps en le consommant sous forme de gruau mélangé à des céréales. Une légende veut que pendant son jeune, Bouddha se nourrit d’une graine de chanvre par jour pendant ses six ans d’acétisme, ce qui montre clairement sa valeur alimentaire....

Rabelais prétendait que les Grecs en mangeaient mais qu’elle n’était pas propre à cet usage: “ Et quoy que iadis entre les Grecs d'icelle l'on feist certaines espèces de fricassées, tartres, et beignetz, les quelz ils mangeoient après soupper par friandise et pour trouver le vin meilleur: si est ce qu'elle est de difficile concoction, offense l'estomach, engendre mauvais sang, etc… “

En fait, les graines de chanvre non décortiquées sont comestibles, mais elles sont très croquantes. Des fabricants les ajoutent, après les avoirs fait griller, aux produits dans lesquels cette texture est souhaitée

Les graines de chanvre (chènevis pour oiseaux) se payent aujourd’hui au détail environ 10 euros le kg (avec interdiction de les semer). Par contre, celles qui intéressent le fumeur de cannabis sont en moyenne à 5 euros la graine (vendus en sachets de 10 ou 12).

 Comme disait un dictionnaire ancien : “La graine, appelée Chènevis, fournit une huile excellente pour l'éclairage, et qu'on emploie aussi dans la fabrication des savons, etc. Le marc, qui reste après l'extraction de l'huile, sert à engraisser les porcs.” 

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 Il est un fait que les graines de chanvre contiennent de l’ordre de 30% d’huile et 35% de protéines. On en obtient une huile en pressant les graines à froid. Elle est verdàtre et goûte un peu la noisette. 

Cette huile est portée de nos jours aux nues par les diététiciens car elle contient pour l’essentiel, miraculeusement fort bien équilibrés, les fameux acides gras linoléniques très à la mode actuellement (20% d’omega- 3 et 60 % omega- 6) ainsi que des vitamines E. 

Bien entendu aucun effet sur le cerveau. 

  Huile de chanvre wmif     Images 36 

Cette huile miraculeuse est malheureusement chère (de l’ordre de 40 euros le litre), délicate et doit être conservée au réfrigérateur, mais elle convient aux salades. Un des problèmes a toujours été de séparer la graine de son enveloppe.  

Il faut se rendre compte qu'en Russie vers 1900, huile était la principale huile alimentaire disponible pour les paysans de Russie centrale, les autres huiles et les graisses de porc et de boeuf étant trop chères. 

Attention! L'huile dont il est question ici n'a rien à voir avec ce que les amateurs de joints nomment huile de cannabis et qui n'est autre que du hashish très pur dissout dans de l'alcool ou un autre solvant. Cette huile pâteuse, de couleur vert foncé, extrêmement riche en produit actif, est peu utilisée.

Des recherches sont en cours pour développer des plants optimisés pour produire soit des fibres, soit des graines. Le but est de développer cette culture sur les grandes surfaces de l'extrême Nord (Finlande, Canada, Russie). Ils ont nom Finola, USO4, Fibrimon, Kolpolti, etc.. Par exemple, la variété Finola se distingue par sa petite taille (favorisant la récolte) et sa forte production de graines.   

 

   LE CHANVRE ET SON COUSIN LE HOUBLON

Le terme houblon n'évoque en général que la bière, par opposition au vin. Pourtant, ceux qui vivent dans les régions oü il se cultive l'ont nommé “la vigne du Nord”.

 ll s'agit effectivement d'une liane dioïque et vivace, comme la vigne sauvage, liane capable de monter comme elle à grande hauteur, non par ses vrilles mais par sa tige volubile.

 Ses feuilles évoquent celles de la vigne et ses petites fleurs femelles, cachées par des écailles forment de petites grappes qui sèchent sans développer aucun raisin.   

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 En réalité, botaniquement il s'agit d'une convergence car le tout proche parent du houblon n'est nullement la vigne, mais bien le chanvre. On notera au passage la proximité, en anglais, des termes hemp (chanvre) et hop (houblon). Ce dernier, les botanistes l'ont nommé en latin Humulus lupulus et l'on classé en compagnie du chanvre dans la toute petite famille des Cannabacées. 

Lorsque les grappes sont mûres et sèches, on en extrait la lupuline, l'alter ego du hashish, qui se présente sous forme d'une poudre jaune odorante. C'est cette poudre qui sert à parfumer la bière tout en servant de conservateur car les acides qu'elle contient attaquent certaines bactéries.

En réalité, l’adjonction de lupuline dans la bière est une tradition du moyen âge car autrefois on utilisait du chanvre ou d’autres ingrédients. D’ailleurs, le terme anglais ”ale” a toujours désigné une bière sans houblon, seule la bière houblonnée étant qualifiée de “beer”.

Bien qu’il n’existe qu’une seule espèce de houblon, les brasseurs se sont arrangé pour obtenir une quarantaine de variétés, permettant d’obtenir des bières très diverses. Ces variétés sont d’ailleurs classées en “aromatique”ou “amères” selon l’effet recherché. On retrouvera ce genre de recherches chez les hybrideurs de chanvre.

 Le houblon pousse essentiellement dans les terres fertiles des zones tempérées. Il suffit de se promener dans les régions productrices de bière (surtout l’Allemagne) pour le voir grimper en abondance sur de hautes tiges inclinées.                                        

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 Seules ses fleurs femelles présentant de l’intérêt, on comprend que les plants mâles soient quasi introuvables. D’ailleurs, il serait ridicule de cultiver des plants de houblon mâles et femelles dans un même champ, car la fleur fécondée produit alors moins de résine. Nous verrons l'importance de cette caractéristique chez le chanvre .

 Signalons que dans de nombreux pays, le chanvre était l’arôme le plus répandu dans la bière avant d’être remplacé par le houblon. Depuis quelques années, des brasseries artisanales, se souvenant que le houblon et le chanvre sont frères, se sont lancées dans la production d’une bière où une partie au moins de l’orge et du houblon est remplacée par de la graine de chanvre. 

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Aux États-Unis, la culture du chanvre étant rigoureusement interdite, les graines, destinées à produire ces bières doivent obligatoirement être importées et stérilisées dans des fours sur la côte Ouest sous l’oeil vigilant des agents fédéraux.

                                                                     

  L’ODEUR DU CHANVRE

L'odeur d'icelles est fort, et peu plaisant aux nez delicatz. Rabelais.  

Lorsque les tiges d’un vert profond avaient poussé, en formant de véritable murs végétaux, un parfum violent et entêtant montait des chènevières. Tous ceux qui ont connu cette période sont unanimes: la senteur du chanvre mûr dans la chaleur du mois d’aôut est unique, incomparable et on ne l’oublie jamais.   Un nostalgique

Cela ne fait aucun doute et si l’on tient à mettre à profit cette forte odeur du chanvre, on peut extraire des fleurs femelles une huile essentielle semblable à celle d’autres plantes comme la lavande ou la menthe ( de l’ordre d’une dizaine de litres à l’hectare). Elle ne contient pas de sustance “ stupéfiante “. Aujourd’hui, des centaines de produits alimentaires comme certains “ice teas “ ou des pastilles pour la gorge sont aromatisés à l’huile essentielle de chanvre. Il faut aimer. 

 

DU CHANVRE AU HASHISH

 Les qualités du chanvre sont à ce point nombreuses qu’on a du mal à comprendre pourquoi il reste si peu cultivé de nos jours.   

Dans ce chapitre, nous nous efforcerons de montrer à quel point le chanvre est une plante exceptionnelle à tous points de vue et surtout de comprendre la diabolisation d’une “mauvaise herbe “à première vue banale et plutôt laide.

 Dès qu’il s’agit du chanvre utilisé comme “stupéfiant” et que nous nommerons désormais cannabis, bien qu’il s’agisse de la même plante, il faut s’intéresser de plus près à sa sexualité. 

Nous savons que le chanvre est une plante dioïque dont les plants mâles et femelles sont aisement reconnaissables dès qu’ils commencent à fleurir.

Les minuscules fleurs mâles à cinq pétales blanchâtres en étoile, forment de petites grappes. Dans chacune d’elles, cinq étamines groupées et pendantes dispersent à tout vent un pollen extrèmement abondant. 

Les inflorescences femelles sont par contre informes car les fleurs naissent par grappes à l’aisselle des feuilles supérieures. Chacune d’elles n’est autre qu’un ovaire protégé par une sorte de coupe d’où sortent deux stigmates qui captent le pollen. Ces fleurs femelles rudimentaires, les cultivateurs de cannabis les nomment improprement buds (boutons), mais il faut dire que la ressemblance est frappante.

Détail essentiel: ces fleurs femelles sont garnies intérieurement de poils se terminant par une tête globuleuse dans laquelle s'accumule une résine et qui se détache aisément de son support. Les botanistes les nomment trichomes (“poils”en grec). 

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 Lorsque la fleur est à maturité, ce sont ces trichomes qui contiennent cette résine dont on parle tant et que l’on nomme hashish.  

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On l’aura compris, l’amateur de joints ne s’intéresse évidemment qu’aux plants femelles et fait tout pour se débarasser des plants mâles. Si les fleurs femelles ne sont pas fécondées, les graines n’apparaissent pas et les trichomes en profitent pour distiller plus de résine. C’est ce que cherchent parfois les producteurs qui nomment ces plants sinsemilla ( de l’espagnol sin semilla : sans semence) ,obtenus en supprimant les plants mâles voisins dès qu’ils peuvent les reconnaître.  

Notons que les hybrideurs néerlandais, déjà bien connus pour leurs  tulipes, ont réussi à force de recherches à sélectionner des variétés de cannabis dont les graines ne donnent que des femelles (feminized seeds). Ils les font évidemment payer plus cher.

Incidemment, on voit que le cultivateur de cannabis n’a aucun intérêt à dissimuler ses plants au milieu de plants “textiles” Le pollen de ces derniers aurait tôt fait de rendre inutilisable des plants dont les graines ont été payées fort cher.

La quantité de hashish fournie par les sommités fleuries d’une même variété varie fort avec le climat, par exemple de l’ordre de 20% aux Indes, 15% au Mexique, mais de l’ordre de 6% en Europe et aux Etats-Unis.

Notons que par sélection de plantes mutantes, il a aussi été possible d’obtenir pour le chanvre “à fibres” des plants monoïques c.à.d portant à la fois des fleurs mâles et femelles ce qui rend la récolte plus uniforme. Bien entendu, pas question de parler à un amateur de hashish de ces affreux plants monoïques car, on l'aura bien compris, seuls les plants femelles l’intéressent.

 En vérité, toutes les feuilles et même les fleurs mâles portent des trichomes, mais d’une autre forme et bien moins producteurs de résine. 

Chacun sait que des millions d’amateurs de hashish cultivent eux même leur chanvre. Ils attachent un soin extrême à déceler le moment où la production de leurs fleurs femelles leur donne un maximum de résine de qualité (une période de 15 jours à trois semaines).

Certains vont jusqu’à observer les trichomes à l’aide d’une loupe à fort grossissement.                         En effet, ces trichomes sont divers, mais les “meilleurs” seraient assez longs (de l’ordre de quelques dixièmes de mm) et porteur d’une extrémité sphérique et translucide. Bon plaisir !  

LA RÉCOLTE DU HASCHICH

 Hachish, que de crimes on commet en ton nom ! Entre la fureur paranoïaque de ceux qui y voient l’incarnation moderne de Satan et de Belzébuth et le zèle néo-rousseauiste de ceux qui y voient les poils du dos de Vishnou, il faut raison garder. Dr. Claude Olievenstein

NB. Une légende indienne indique que le chanvre serait issus de la transformation des poils du dos du dieu Vishnu échoué sur le rivage des terres habitées.  

Ceux qui tiennent à fumer du "cannabis" peuvent soit récolter les sommités fleuries femelles dont on peut faire directement des ”joints “ soit récolter la résine, à savoir le hashish, bien plus facile à transporter et à écouler. Il faut alors ensuite l’incorporer à du tabac. 

Cette récolte du hachish, Henry de Monfreid l’a évoquée en son temps dans son célèbre ouvrage , la “Croisière du hachish “. Il y décrit de façon amusante et documentée de première main comment il se fit trafiquant de hashich sans rien y connaître. A l’époque, la Grèce était grande productrice et la demande était forte en Egypte, mais y était interdite d’importation. Son plan était d’emplir les cales de son petit voilier de hashich et de débarquer, sans se faire repérer, sa cargaison sur la côte égyptienne du golfe de Suez. 

Il explique de façon détaillée comment se faisait la récolte au centre du Péloponnèse (Arcadie), près de la ville de Tripoli: Les champs où pousse le chanvre sont soigneusement sarclés et toutes les plantes mâles sont éliminées. Les plantes femellles ne peuvent donc plus porter de graines, ce qui permet aux feuilles (en fait les fleurs femelle) de se charger au maximum d’une matière résineuse. Au moment où les premières feuilles, les plus basses, commencent à jaunir, on fauche avec précaution […] On sèche à l’ombre et on engrange.[…] 

Au jour les plus froids de l’hiver, par les fortes gelées, c.à.d. quand cette couche cireuse secrétée par les feuilles est devenue cassante comme de la résine, on brise les plantes séchées en les triturant entre deux toiles à voile. On recueille ainsi une poussière faite d’un mélange de feuilles brisées et de cette résine qui constitue la partie active du haschich. 

Toutes les fermes travaillent le hashich sur leurs terres, c’est la principale culture. Chaque domaine a sa marque, son cru parfaitement côté; il y a les bonnes et les mauvaises années, tout comme pour les grands vins. “ 

Dans une de ces fermes, De Monfreid doit discuter qualité et prix. 

Tout de suite Petros va chercher un échantillon de son hashich. Que vais-je dire pour formuler une opinion sur ce produit que je n’ai jamais vu ? Je ne sais même pas comment on doit s’y prendre pour l’apprécier. [..] Petros arrive avec un fragment de matière brunâtre qu’il tient sur sa main ouverte. De lui-même, il fait aussitôt tout ce qui est nécessaire pour éprouver les qualités de son produit: il le sent, il me le fait sentir, puis en prend un morceau qu’il roule entre ses doigts en forme de cône effilé. Il l’enflamme et la matière brûle avec une petite flamme un peu fuligileuse qu’il s’empresse de souffler pour laisser se dégager une fumée blanche très odorante. Je prends alors à mon tour la matière en question d’un air de connaisseur en refaisant exactement ce que j’ai vu faire. “  

De Monfreid fait semblant de ne pas être satisfait de la qualité du produit : 

 “Il [Petros] disparaît à nouveau et revient après un instant avec une matière analogue à la première mais plus plastique et d’une couleur tirant vers le verdâtre. […] Cette fois la flamme est longue et très fumeuse. Probablement, c’est là l’indice d’une qualité impeccable. Je me déclare satisfait et nous fixons la quantité à acheter, quatre cent okes (six cent kilos) au prix de vingt franc l’oke. “  

L’auteur nous décrit ensuite la préparation de sa cargaison: 

 “Au milieu de la pièce, une sorte de table analogue à un billard est formée par un grand tamis métallique à mailles très serrées posé sur quatre pieds. C’est sur cette machine qu’on jette à la pelle le haschich pulvérulent […] Des femmes, la tête enveloppée de fichus […] étendent et agitent avec leurs mains la poudre et la tamisent. Des hommes prennent ensuite, avec de grandes pelles de terrassiers, cette poudre ténue et la mettent dans une énorme bassine de fer étamé. “ 

Il est évident que le tamisage permet d’éliminer les débris de fleurs et les graines éventuelles, le meilleur hashish étant constitué de la résine pure (le contenu des trichomes). 

Sans vouloir critiquer la méthode «à la grecque» de l’époque, il est évident que l’on obtient traditionnellement un hachish bien plus pur en frottant (comme cela se fait aux Indes) les fleurs femelles sur la paume des mains ou sur les vêtements et en raclant ensuite la résine.  

Monfreid, financièrement impliqué, s’intéresse à la façon de réduire le volume de son hachish :  

 “Une grande presse à balancier reçoit ces sacs, empilés régulièrement sous les plateaux d’acier. Quand il y en a un certain nombre, un homme en bras de chemise aux muscles d’hercule manœuvre le balancier de la vis et les sacs s’applatissent lentement jusqu’à devenir des galettes de trente centimètre sur quinze, épaisses seulement de quatre. Elles sont dures comme de la cire; c’est la forme commerciale sous laquelle le hashich est exporté […]. Peu à peu ces poussières de hashich excitent ouvriers et ouvrières qui, maintenant chantent à tue-tête, plaisantent et se lutinent sans malice avec des cris et des fous rires déclenchés pour des riens.“ 

On remarque ici un des effets bien connus du hashich, à savoir l’hilarité 

De nos jours, le récit de Monfreid peut se lire en remplaçant “Grèce” par “Nord du Maroc " (où le terme kief ou kif est plus usité que hashich) et “Egypte” par “Union Européenne”. Il est évident pour tout le monde que cette production des paysans pauvres du Rift marocain ne cessera que lorsqu’il sera possible d’améliorer d’une autre façon leur niveau de vie.

 LA CHIMIE DU HASHISH

 Le chanvre est une plante qui tient à ses particularités. Les molécules actives issues des plantes psychotropes classiques (morphine, cocaïne, etc..) sont des molécules complexes contenant de l’azote, les alcaloïdes. Par contre, la résine du chanvre ( le hashish), contient une proportion fort variable de molécules d’une classe complètement différente que l’on nomme assez logiquement cannabinoïdes. Ces cannabinoïdes, dont il existe environ 60 sortes, outre leur formule compliquée et une grande diversité, sont uniques dans le règne végétal car ils ne contiennent pas d’azote. Sans être chimiste, cela se remarque en observant leur formule.  

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Ces cannabinoïdes ne furent découverts que très tard, à savoir en 1964, par le Dr. Raphael Mechoulam de l’Université Hébraïque de Jérusalem. 

Deux de ces molécules sont d’un grand intérêt. La principale, dont l’effet est recherché par les fumeurs de cannabis, est le THC, abbréviation de l’imprononçable « Delta-9 -Tétrahydrocannabinol ». La seconde, le Cannabidiol (CBD ) possède des propriétés sédatives, analgésiques et antibiotiques. Le plus important est qu’il a tendance à bloquer l’effet du THC dans le cerveau. Dès que la plante contient deux fois plus de CBD que de THC, l’effet psychoactif de ce dernier est pratiquement nul. Le chanvre textile ne contient pas plus de 0,3% de THC, mais toujours plus de 0,5 % de CBD. 

Le cannabinol (CBN) est par contre un produit de dégradation du THC bien moins actif que le THC et qui passe aussi pour sédatif. En fait, à mesure que les trichomes s'opacifient, le THC se dégrade en CBN d'où l'effet dit "stone". Mais le récolter trop tôt, c'est risquer une faible concentration en THC. Pour les cultivateurs de cannabis “récréatif” perfectionnistes, un véritable casse-tête.  

Les chiffres fournis pour la teneur en THC des plants de chanvre sont difficile à interpréter. Il existe heureusement une réglementation européenne qui donne une méthode cohérente pour mesurer le taux de THC dans les sommités fleuries:  On prélèvera dans une population d'une variété de chanvre donnée au moins 500 plantes, de préférence en différents points et en excluant les bordures. Ces prélèvements sont effectués en pleine journée à la fin de la floraison.[…]. Le matériel obtenu est séché à l'air ambiant. Du matériel végétal […] reçu est retenu […] le tiers supérieur des plantes, ce tiers étant débarrassé des tiges et des graines. La dessiccation du matériel végétal ainsi retenu est achevée à l'étuve. “ 

L’on remarque aussi que les variétés de chanvre cultivées à la fois dans les régions équatoriales et à haute altitude (abondance de lumière et de rayons ultra -violet) donnent une plus grande quantité de THC. 

A noter que pour les spécialistes, du chanvre contenant de l’ordre de 0,5 à 1% de THC mais “équilibré” par 4 ou 5% de cannabidiol ne peut être considéré comme du “cannabis”car il ne fait autant dire aucun effet. Sa culture est pourtant interdite. En réalité, Il est difficile de donner la teneur très variable en THC du “cannabis” se trouvant sur le marché. Elle se situait jadis entre 0,5 et 3% mais peut atteindre 6 et 30% chez les cultivateurs hollandais et californiens. En fait ces chiffres n’ont aucun sens si l’on ne spécifie pas s’il s’agit de hashish ou de sommités fleuries et de la façon dont la matière est utilisée.  

Le gouvernement helvétique a interdit aux agriculteurs suisses, à partir du 1er mars 2005, de donner du chanvre à consommer à leurs vaches, chèvres ou moutons afin de préserver la réputation et la qualité du lait suisse. En effet, dans le chanvre industriel utilisé comme fourrage, on retrouve des traces de THC. Les vaches ne rient pourtant pas.  

DE L'USAGE DU CANNABIS   

 “LONDRES. 8 mars 2007. (AFP) - Une grand-mère anglaise récidiviste, qui cuisinait avec du cannabis pour lutter contre la dépression, a été condamnée mercredi à 250 heures de travaux d'intérêt général  après avoir été reconnue coupable par un tribunal de Carlisle. Le jury n'a mis que 15 minutes pour juger coupable, à l'unanimité, Patricia Tabram, 68 ans, qui cultivait quatre pieds de cannabis dans une armoire à son domicile de Humshaugh (Northumberland), en violation d'une condamnation à six mois de prison avec sursis.”  

Il est évident que cette dame agée n’aurait jamais été inquiétée si elle se saoulait régulièrement au wisky, se bourrait de somnifères ou fumait comme un sapeur. 

Sans être partisan de l’usage des drogues, chacun se rend compte que le chanvre “récréatif ”ou “médical” est considéré d’une façon fort particulière, c’est le moins que l’on puisse dire. 

Pour mieux comprendre ce qui se passe à propos du cannabis, il est intéressant de s’intéresser d’une part à ses effets réels et à la façon dont cette plante est perçue dans les différentes cultures, et singulièrement par les religions, les unes le mettant sur un piedestal, les autres le diabolisant, au sens propre 

Il existe des “prohibitionnistes” très justement inquiets de la consommation des adolescents, des “propagandistes “ habituellement des consommateurs adultes et une majorité de personnes qui ne savent pas quoi en penser. 

Dans cette matière, la seule source (fiable ou non) est l’Internet car il existe une auto-censure en ce qui concerne les ouvrages sur le sujet. Rappelons, qu’en France, la jurisprudence sanctionne, de manière générale, toute incitation à la consommation, telle par exemple que la représentation d’une feuille de cannabis sur un T-shirt. 

Lamark disait en 1793 :  La principale vertu de cette plante consiste à porter à la tête, à déranger le cerveau, à lui procurer une espèce d’ivresse qui fait oublier le chagrin et donne une forte gaité.”  

La description de Lamark sans être fausse est fort élémentaire. Le lecteur intéressé trouvera sur Internet d’interminables discussions sur cet effet psychotrope extrèmement variable selon la personne, le produit, la façon de consommer, etc.. 

Nul n’ignore que la résine de cannabis est fumée de diverses manières (autrefois dans des pipes à eau), actuellement sous forme de cigarettes (joints, pétards). 

Citons à nouveau Henri de Monfreid : Nous allons sur une route à travers des faubourgs arabes. C’est le Port Saïd inconnu des passagers. Il flotte, par instants, dans les ruelles grouillantes d’indigènes, cette odeur particulière sentie quand Petros à fait brûler devant moi l’échantillon de hashich. On fume dans tous les cafés arabes, les chaouchs de la police autant que les coolies du port. Le patron du café doit seulement payer une petite redevance…et de temps en temps, dénoncer discrètement un de ses fournisseurs; en retour il a la paix.”   

Le fait de fumer, que ce soit du tabac ou du cannabis ne peut évidemment faire du bien aux poumons, personne n’en doute. Il semble donc fort logique que les “joints” aient un effet pire que celui du tabac car ils ne possèdent pas de filtre, contiennent nettement plus de “goudrons”cancérigènes que le tabac, avec lequel il est d’ailleurs souvent mélangé. De plus, il est inhalé plus profondément et gardé plus longtemps dans les poumons. Pourtant, étonnamment, aucune étude scientifique ne prouve un effet cancérigène du cannabis. Il semble que, curieusement, le THC ait une sorte d’effet protecteur.  

Cela n’empèche, il est évident que pour le fumeur de cannabis, les sommités fleuries séchées sont moins nocives que le tabac mélangé à du hashish. Dans ce dernier cas, personne ne sait au juste quelle est la drogue la plus dangereuse pour les poumons. De toutes façons, les fumeurs prudents utilisent des inhalateur fonctionnant à une température exactement calculée pour que la résine relache le THC sans former de goudrons. Peu convivial, mais efficace paraît-il. 

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 Les adversaires de l’usage du cannabis s’inquiètent du fait que la teneur en THC du cannabis ne cesse d’augmenter, ce qui est exact. C’est oublier que le fumeur pour obtenir son effet “high “ désiré devra inhaler toutes choses égales moins de fumée. Il faut éviter les raisonnements simplistes en cette matière. N’oublions pas qu’un des effets les plus néfastes du cannabis est d’accoutumer les jeunes au …tabac. 

Le cannabis était autrefois incorporé dans des pâtisserie ( nommées space cake par les modernes) ou des “confitures” aux pistaches, amandes et aromates dont le plus célèbre est le damaweskDans ces dernier cas, les effets sont nettement moindres et le consommateur échappe aux effets irritants de la fumée, mais il peut difficilement contrôler la quantité de drogue absorbée car son effet n’est pas immédiat (entre une demi-heure et une heure après avoir mangé) et se prolonge bien plus longtemps. Il en est de même de la “soupe au cannabis” (bhang) largement consommé aux Indes.

Il est à noter que le hashich ne se dissout pas dans l’eau, ce qui explique en partie pourquoi il n’est jamais injecté; il fond par contre impeccablement dans les graisses d’où la réputation du “beurre de Marrakech” pour la préparation des gâteaux au cannabis. 

 

  LE CANNABIS ET LE CERVEAU

 Depuis le début des années 90, on sait, par des études menées chez l'animal, que le THC se fixe sur des récepteurs spécifiques situés principalement dans le cerveau. 

Il fallut attendre 1992 pour que William Devane, Lumir Hanus et Raphael Mechoulam (le découvreur du THC) identifient dans le cerveau du porc une molécule synthétisée par le cerveau qui se lie aux même récepteurs que les cannabinoïdes. Ils la nommèrent anandamide, nom dérivé du mot sanscrit ananda signifiant « béatitude éternelle » ou quelque chose du même genre. Cette molécule participe à la régulation de l'humeur, de la mémoire, de l'appétit, de la douleur, des émotions. Lorsqu'on introduit du cannabis dans l'organisme, le THC peut donc perturber toutes ces fonctions. Cependant, ces effets sont modulés par les autres composants du cannabis (cannabinol, cannabidiol, etc).   

 L'INFLUENCE SOCIALE DU CANNABIS  

Indépendamment de ses effets sur le consommateur, l’influence du cannabis est surtout évoqué de deux façons : 

1. L’effet “d’escalade “ vers des drogues plus dures (stepping stone theory) que redoutent avec raison les parents d’adolescents  

2. L’influence de la prise de cannabis sur les accidents de la route. 

Comme le cannabis ne nous intéresse ici qu’en tant que végétal, nous renvoyons le lecteur intéressé à l’abondante documentation disponible sur Internet. 

Contentons nous de deux remarques : 

1 . L’exactitude de la théorie de théorie de l’escalade a été mise en doute par divers rapports.  www.bisdro.uni-bremen.de/boellinger/cannabis/06-cohen.pdf 

2. Comme chacun sait, conduire sous l'emprise d'une drogue pose une série de problèmes. Malheureusement des lois récentes sur le contrôle du cannabis au volant ont compliqué la situation. Rappelons que, le THC est stocké dans toutes les graisses du corps et donne des produits de dégradation que l’on peut déceler avec beaucoup de sensibilité dans le sang et les urines pendant un certain nombre de jours, on parle même de plusieurs semaines. Contrairement à l’alcool, mettre en relation directe un accident et la consommation de cannabis est une tâche quasi impossible, quoiqu’en disent les instances officielles françaises. 

www.ukcia.org/research/driving2.htm

Rappelons que la conduite sous l’influence de l’alcool est autorisée en dessous d’un taux de 0,5% dans le sang. En ce qui concerne les produits de dégradation du THC, la tolérance est nulle.  

 

 LE CANNABIS ET LES RELIGIONS    

EN CHINE, L’INDIFFÉRENCE ? 

En Chine, où le chanvre fut cultivé depuis toujours et où ses propriétés étaient fort appréciées des médecins, le chanvre ne fut pratiquement jamais utilisé de façon récréative, ce qui est surprenant. On pense que cet emploi était opposé aux doctrines de Confucius et que son utilisation rituelle par les chamanes et autres sorciers était mal vue d’une religion organisée et dominante.

Cette liaison avec la religion semble confirmée par le fait que dans le Turkestan chinois (Xinjiang) les peuples musulmans utilisaient du cannabis. Avant la guerre 40-45, près de la moiltié des exportations de cette région vers l’Inde à travers les vieilles routes de la soie était du hashish.

 AUX INDES: UN DON DE SHIVA  

Si nous nous dirigeons ensuite vers les Indes, ce n’est pas parce qu’il existe un chanvre “indien”, mais parce que le cannabis fait partie intégrante de la culture de ses populations, qu’il s’agisse d’indouistes ou de musulmans.  

Lorsque les Britanniques prirent le contrôle, tout relatif, des Indes, ils constatèrent l’usage universel du cannabis et se mirent en tête d’en contrôler l’usage. Leurs intentions étaient un mélange de puritanisme et d’appât du gain. 

Dès 1793, un règlement stipula: “Personne ne fabriquera ou ne vendra des drogues comme le bhang, ganja, charas ou toute autre drogue intoxicante sans une license du collecteur du zillah.  Cette législation était instituée ”en vue de resteindre la consommation et en même temps d’augmenter le revenu public.”  

Le bhang  était, et est toujours, la façon classique de consommer du cannabis aux Indes. Il s’agit d’une sorte de soupe au lait à base de sommités fleuries, de jeunes feuilles et diverses épices; cette soupe, était plus ou moins “corsée “selon la recette de la maîtresse de maison et la région. Elle était généralement offerte pendant la grande fête de Durga Puja, sous l’égide de Shiva (le Maître du Bhang) qui était sensé avoir “ramené le cannabis de l’Himalaya pour la joie et l’illumination des humains “.  

À d’autres occasions, on utilisait la plante au cours des célébrations familiales, comme à l’occasion des mariages et des naissances, pour favoriser la relaxation, les rapports sociaux et stimuler l’appétit. Le bhang était aussi un symbole d’hospitalité, l’équivalent chez nous d’un verre offert à un invité. En fait, le bhang occupe aux Indes la place de l’alcool en Occident mais accompagné d’un respect religieux très marqué. Cela indique qu’il y a autant de chances d’interdir le cannabis aux Indes que l’alcool en France, c’est-à-dire aucune ! 

Le ganja (nom Sanskrit ), plus fort, est fait des sommités femelles de cannabis fumées. On peut le rapprocher des “joints”“des jeunes. “  

Le charas correspond à peu près à la résine, disons au hashish. En fait, à part chez les membres de certaines sectes, les utilisateurs du charas étaient perçus comme des gens de mauvaise moralité ou des parias. Il faut noter qu’au cannabis s’ajoutait d’autres substances bien plus dangereuses, surtout le datura stramoine.  

En 1894, à la demande de la Chambre des Communes, une commission fut chargée à d’établir un rapport exhaustif sur la production et la consommation de cannabis aux Indes. Ce rapport de plus de 3.000 pages et d’une valeur scientifique remarquable ne permit pas de détecter d’effets médicaux ou sociaux néfastes dus à l’usage du cannabis. 

Le grand nombre de témoignages de toutes les classes sociales qui déclarent n’avoir jamais vu ces effets, les vagues déclarations faites par de nombreuses personnes qui déclarent les avoir observées, […] et la façon dont une vaste proportion de ces cas s’écroule au premier examen sont des faits qui se combinent pour montrer fort clairement à quel point la société est peu affectée [ injured] par le cannabis [hemp drug].” 

Rappelons que ces lignes ne furent pas écrites par des hippies ou des rastas, mais par des fonctionnaires de sa gracieuse majesté.  

La commission ajouta à destination des autorités britanniques : Le chanvre pousse aux Indes à l’état sauvage et il serait aisé pour quelqu'un habitué à l’usage de ganja de cultiver un ou deux plants dans sa propre maison dans des coins où il ne risquerait pas d’être détecté.” Rien de nouveau en 2008.

http://www.druglibrary.eu/library/reports/indianhemp.pdf

 

CHEZ LES “RASTAS”: UN DON DE JÉHOVAH  

Aux environs de 1860, suite à l’abolition de l’esclavage, des ouvriers d’origine indienne furent embauchés à la Jamaïque au titre de contrats à long terme et importèrent la culture et l’usage du cannabis sous toutes ses formes. Ceci explique d’ailleurs pourquoi le nom de la drogue est la même en Inde et dans cette île. C’est surtout à partir de la Jamaïque que le cannabis gagnera le Mexique aux alentours de 1875, puis les États-Unis. 

L’usage du cannabis a été intimement associé dans les années 1930 à un culte religieux d’inspiration biblique: le culte "rastafari" qui s’est étendu dans toutes les Caraïbes dans les années 1960 et est associé à la musique reggae .  

Ses adeptes partent de l’idée que le cannabis leur a été donnée par Dieu pour comprendre sa sagesse, avec comme salutation: “Paix et amour “. Ils ajoutent du ganja au premier bain de leurs enfants et à peine sevrés leur donnent régulièrement une infusion (ganja tea) et les encouragent à fumer des joints.

                        

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CHEZ LES MUSULMANS: UNE INTERDICTION RELATIVE 

On comprend, qu’intimement lié aux cultes païens, le cannabis ait été rejeté par l’Islam. Pour les musulmans fondamentalistes, toutes les drogues (intoxicants) sont interdites car elles ont été inventées par Satan pour détourner de Dieu le croyant. Comme chacun sait, le vin est nommément cité dans quelques sourates du Coran, en particulier: 

O les croyants! Le vin, les jeux de hasard, les statues, les flèches de divination sont  une abomination, œuvre de Satan; abstenez-vous-en et vous serez heureux”  Coran. Sourate V. 92

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 Par contre, le chanvre, bien que largement connu au temps du prophète, n’est nulle part cité dans le Coran. La conversion à l’Islam de nombreux peuples qui utilisaient cette herbe depuis toujours ne changea donc pas grand chose à la situation. Au proche et au moyen Orient et surtout au Nepal, au Pakistan et en Afghanistan la population continua sa production traditionnelle de cannabis pour ses besoins locaux et l’exportation. 

Notons qu’en 1378, l'émir d' Egypte Sudun Scheichuni essaya inutilement d'interdire la culture du cannabis sur son territoire et condamna ceux pris en train d'en consommer à avoir les dents arrachées. 

L’on prétend que le mot assassin dérive de l’arabe hachich. Quoique l’idée soit répandue, le fait est douteux. L’existence de la secte chiite des haschichins de 1090 à 1140 fut décrite dans le livre de Marco Polo. Dirigée par Hassan ibn Sabbah, le " vieil homme de la montagne ", ce dernier faisait exécuter ses victimes par l'intermédiaire de jeunes hommes kidnappés, puis fanatisés. Ils étaient plongés dans un sommeil de trois jours pour avoir une vision du paradis. Tout montre que la drogue n’était pas du cannabis. De plus, ce vilain personnage parlait le perse et non l’arabe. Le terme peut parfaitement venir de Hassassin, un partisan d’Hassan. 

De toutes façon, l'extrémisme, qu'il soit religieux ou politique, démontre que l'effet cannabis peut être produit sans même en consommer

  

CHEZ LES CHRÉTIENS : UNE DROGUE DE SORCIERS 

Comme l’Islam, le christianisme triomphant a rejeté l’usage des plantes psychotropes comme un des attributs des sorciers et sorcières.  

En 1484, dans l’encyclique Summis desiderantes affectibus, le pape Innocent VIII demandait de sévères mesures contre les magiciens et les sorcières en Allemagne, donnant un appui officiel à la chasse aux sorcières et à l’inquisition espagnole. Il bannissait ainsi officiellement l’usage des plantes médicinales et hallucinogènes dont le cannabis comme “herbe du diable, herbe des païens et des masses sataniques”.

 En réalité, l’usage du cannabis dans les pays chrétiens est tout récent. L’armée française ne fit sa connaissance que pendant la campagne d’Egypte, ce qui déplut: 

"Il est interdit sur tout le territoire égyptien de boire la forte liqueur préparée par certains musulmans avec une herbe appelée haschich et de fumer les sommités fleuries du chanvre." 

     Napoléon 1er. Ordonnance du 17 Vendémiaire an IX (8 octobre 1800)  

Depuis, l’usage du cannabis resta confiné à des cercles restreints d’artistes et intellectuels. Il n’apparut comme drogue de masse qu’au moment des mouvements liés à la guerre du Vietnam. La réprobation du chanvre, d’origine religieuse et conservatrice, se produisit aux USA, comme nous allons le voir.

 

  LA DIABOLISATION DU CANNABIS AU USA  

La Cucaracha, la Curaracha,
Ya no puede caminar
Porque no tiene, porque le falta
Marihuana que fumar 
 

Il est bien connu que les soldats mexicains qui combattirent les “gringos” pendant la guerre entre les États-Unis et l’Espagne fumaient du cannabis. Il est probable que ce dernier avait été introduit par des émigrés indiens venant des Caraïbes . 

La "Cucaracha", chanson révolutionnaire bien connue, parle d’un soldat mexicain, assimilé à un cafard (cucaracha) qui refuse de marcher parce qu’il n’a pas de cannabis à fumer. La chanson tourne en dérision les armées gouvernementales adversaires des troupes de Pancho Villa, marihuana n’étant autre que le cannabis en argot mexicain  

Si l’on en croit des statistiques officielles, de l’ordre de 600.000 Mexicains passèrent la frontière entre 1915 et 1930 créant une forte tension sociale. Beaucoup fumaient du cannabis. Pendant la dépression, cette tension s’accrut à cause de l’augmentation du chômage. 

Dans les états de l’Est, le problème fut attribué aux latino-américains et aux musiciens de jazz noirs. Le cannabis et le jazz se déplacèrent de la Nouvelle Orléans à Chicago, puis à Harlem. Le racisme et le cannabis devinrent ainsi intimement liés. Comme disait un éditorialiste en 1934: “Le cannabis pousse les nègres a regarder les blancs dans les yeux, à marcher sur leur ombre et a regarder deux fois une femme blanche.” 

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La rumeur se répandit que les Mexicains, noirs et autres étrangers prenaient au piège les enfants blancs à l’aide du cannabis. S’ajouta l’histoire de la secte des “assassins“ En 1930, on pouvait encore lire dans un journal médical :“ Sous l’influence du hashish ces fanatiques se précipitaient comme des fous sur leurs ennemis et massacraient tout ceux qui leur tombait entre les mains. » Rapidement, le cannabis apparut comme lié à la violence.” 

Cette période suit, il faut s’en souvenir, la prohibition de l’alcool qui dura de 1919 à 1933. Un personnage clé de l’affaire, Harry Anslinger fut nommé à ce moment à la tête du Bureau des Narcotiques et se mit tout en œuvre pour faire interdire le cannabis au niveau fédéral. Il suffit de le citer pour comprendre son état d’esprit: 

  “Il y a 100.000 fumeurs de cannabis aux USA et la plupart sont des nègres, des Hispaniques, des Phillipins et des artistes. Leur musique satanique, jazz et swing, provient de l’usage du cannabis. Ce cannabis pousse les femmes blanches à rechercher des relations sexuelles avec les nègres, les artistes et autres. » 

Les raisons économiques de la prohibition du chanvre  

La Hearst Paper Manufactoring Division, exploitant forestier et géant de la presse, milita activement dans sa presse populaire pour l'interdiction du chanvre. De 1916 à 1937, on trouve, semaine après semaine, le même article sur le même accident de voiture dont le responsable est en train de fumer une cigarette de marijuana. Il fallait viser le chanvre psychoactif pour tuer le chanvre comme source de papier. 

Un concours de circonstances voulut qu'en 1937, la Du Pont de Neumours Chemical Company dépose les brevets des procédés de fabrication du plastique, des fibres synthétiques dont le Nylon, à partir du pétrole et du charbon; ainsi qu'une nouvelle pâte à papier au bisulfite. Ces deux inventions ont représenté 80% de sa croissance pendant les 50 années qui suivirent. La culture du chanvre textile devait disparaître.  Il paraît qu’à partir de la prohibition du chanvre, pas mal d’Américains d’origine polonaise cultivèrent illégalement du chanvre en pots dans leur jardin pour continuer à fabriquer leurs vêtements de travail.  

Notons au passage qu’aux États-Unis environ 50% des produits chimiques (entre autre fabriqués par DdN) et utilisés en agriculture sont destinés à la culture du coton, alors que le chanvre ne nécessite aucun engrais chimique. 

Enfin, les compagnies pharmaceutiques ne désiraient nullement voir promouvoir des dérivés du chanvre que n’importe qui pouvait aisément cultiver.  

En réalité, dans les années 30, l’immense majorité des membres de la classe moyenne américaine ignorait tout de l’usage du cannabis; ils n’en avaient jamais vu et ne connaissaient personne qui l’utilisait. 

Le cannabis devient « marihuana » !  

C’est dans ce contexte qu’une campagne de dénigrement organisée par le Federal Bureau of Narcotics sous la direction d’Anslinger aboutit en 1937 à une loi fédérale interdisant aux Etats Unis la culture du chanvre, quelle que soit sa variété. 

Aux Etats-Unis, les débats au Congrès et au Sénat sont précédés d’hearings pendant lesquels des experts essayent d‘éclairer les représentants. Les hearings concernant la loi sur le cannabis ne durèrent que deux jours. Les médecins appelés comme experts n’apprirent que juste avant leur audition que « l’herbe tueuse du Mexique » était en fait le cannabis, qu’ils utilisaient depuis presque cent ans en thérapeutique. 

Une interdiction étant considérée par les juristes comme contraire à la constitution (cinqième amendement), il ne s’agissait que de payer une taxe très dissuasive, d’ou le nom de la loi: Marihuana Tax Act.   www.druglibrary.org/schaffer/hemp/taxact/taxact.htm

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C’est de cette époque que date la définition officielle du mot “marihuana “ correspondant à toutes les parties du chanvre, quelle que soit sa variété, excepté ses tiges adultes et ses graines (duement stérilisées). Sur Internet, au mot marijuana, le moteur de recherche Google affiche près de 30 millions de pages ! 

Ce terme d’argot (slang) mexicain marihuana, ou marijuana, semble venir de mariguango décrivant son effet. Ce terme de marijuana est de nos jours utilisé aux USA à la place de cannabis. Sous l’effet des médias, il est aussi utilisé en Europe , mais uniquement pour désigner les sommités fleuries et séchés du cannabis, pour ne pas le confondre avec le hashish.  

Les deux affiches ci-dessous sont parlantes. Dans la première, le marihuana est qualifié de “weed with roots in hell” (l’herbe dont les racines sont en enfer). L’usage du cannabis est présenté comme un encouragement aux orgies et autres dépravations sexuelles. L’emploi d’une seringue (ce qui ne se fait jamais) a pour but de confondre le cannabis avec l’héroïne aux yeux du public.   

La seconde a manifestement pour but d'impressionner les protestants américains en assimilant la consommation de “ marijuana” au culte de Moloch. On remarque les policiers et prédicateurs qui se détournent du spectacle. 

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 Une dernière affiche présente Refeer madness, un film de 1936 sur les dangers de la marijuana. La reefer madness (folie des fumeurs de cannabis) n'est pas tout-à-fait un mythe car l'on constate statistiquement un nombre plus élevé de schizophrènes chez ces fumeurs. Cependant, il semble que le cannabis ne provoque pas la maladie , mais pourrait la révéler si elle est sous-jacente. Le débat reste ouvert entre spécialistes

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 En 2009, la position de la DEA (Drug Enforcement Administration) n'a pas changé depuis 1937 (72 ans) et refuse de faire la différence entre le chanvre “utile” et le chanvre “récréatif” ou “médical”. 

De nos jours, de nombreux plants de chanvre se sont spontanément resemmés un peu partout où ils furent cultivés pour des raisons “patriotiques”. Ce chanvre (nommé dichweed ou feral hemp) est impitoyablement détruit à grands frais bien que l'administration responsable reconnaisse que moins de 1% de ces plants soient susceptibles de fournir éventuellement du ”stupéfiant”, une goutte d'eau par rapport aux cultures illégales.  

Bien que l'importation de graines de chanvre dûement stérilisées et de fibres de chanvre soit permises aux USA , la législation fédérale ne permet pas la culture du chanvre textile ( très pauvre en THC). Les autorités américaines s'inquiètent notamment de la possible utilisation des champs de culture industrielle pour camoufler celle de chanvre “récréatif”, bien que la pollinisation entre mâles et femelles nuisent fort à la teneur en THC de la fleur.  

En 1971, sous la présidence de Nixon, une commission d'enquète approfondie sur l'usage du chanvre est nommée par le congrès, commission présidée par Shafer, gouverneur de la Pennsylvanie.A ce jour, il s'agit de la seule étude sérieuse dans l'histoire des États-Unis. 

La recommandation la plus importante de la commission fut de décriminaliser la possession et le transfer non lucratif de cannabis.  L'opinion de Nixon:” Je ne crois pas que l'on puisse avoir une justice criminelle efficace basée sur la philosophie que quelque chose est à moitié légal et à moitié illégal. C'est mon opinion en dépit de ce que la commission a recommandé.”

 Aujourd'hui, plus de 30 ans plus tard, tout se passe comme si l'immense majorité des gouvernants du monde étaient de l'avis de Nixon. www.drogues.gouv.fr

Des dizaines de documents officiels (notamment les rapports La Guardia aux USA, Le Dain au Canada (1969); Roques (1998) en France ont démontré que le cannabis n’engendre aucune dépendance physique, contrairement au drogues dites « dures », telles que l’héroïne, mais aussi au tabac ou à l’alcool, et n’a aucun effet nocif comparable.

 Il existe autant de législations que d’états, législations toutes soit cruelles soit hypocrites. Aujourd'hui, en Italie, la quantité de marijuana que l'on peut posséder sans être inquiété est de un gramme, soit l'équivalent d'une quarantaine de joints; en Belgique 3 grammes ou un pied. Les Pays-Bas, interdisent formellement la culture de chanvre, si ce n'est les cinq plants destinés à la consommation personnelle. La vente de graines y est légale. 

Par contraste, Singapour condamne à mort tout dealer trouvé en possession de 500 grammes de cannabis. 

LE VOCABULAIRE DU CANNABIS  

Le vocabulaire officiel  

L’usage et le trafic international des drogues a fait depuis longtemps l’objet de traités, surtout concernant l’opium et plus tard la cocaïne. En 1961, diverses conventions internationales furent regroupées par l’ONU sous forme d’une « Convention Unique » contenant plusieurs tableaux dans lesquel sont classées les substances dites " stupéfiantes ". 

On y remarque avec intérêt que le mot « stupéfiant » n’est nullement défini à la manière de dictionnaires car, comme le dit cette convention : “ Le terme "stupéfiant" désigne toute substance des Tableaux I et II, qu’elle soit naturelle ou synthétique. “ Il suffirait donc d’inscrire le vin, le tabac, le chocolat ou le sucre dans ces tableaux annexes pour qu’ils deviennent des stupéfiants. 

Le fameux tableau I inclut les substances considérées comme les plus dangereuses pour la santé. Il comprend un grand nombre de molécules synthétiques ainsi que les principaux dérivés du pavot (opium, morphine, héroïne) et du colatier (cocaïne, etc..).

A ces substances évidemment dangereuses s’ajoute la feuille de coca et le cannabis ce qui est plus discutable. Cette décision fut à l’époque influencée par le gouvernement des États Unis, mais l’ONU n’a pas retenu le terme typiquement américain de marijuana, qui n’a donc aucune signification linguistique internationale. 

Comme dit un rapport du comité spécial du sénat canadien sur les drogues illicites :”En réalité, ces classifications internationales des drogues sont arbitraires et ne reflètent pas la dangerosité des substances pour la santé ni pour la société. » Il est remarquable que, dans la Convention Unique, l’ONU définisse le cannabis tout autrement que les botanistes, en faisant une différence entre la plante et l’usage que l’on peut en faire.  

Article premier. Définitions. 1 b. Le terme "cannabis" désigne les sommités florifères ou fructifères de la plante de cannabis (à l’exclusion des graines et des feuilles qui ne sont pas accompagnées des sommités) dont la résine n’a pas été extraite, quelle que soit leur application “ . La présente Convention ne s’appliquera pas à la culture de la plante de cannabis exclusivement à des fins industrielles (fibres et graines) ou pour des buts horticulturaux. “ 

En analysant ce texte, on constate qu’en droit international le mot « cannabis » vise uniquement les têtes coupées d’un plant de chanvre. La culture du chanvre en tant que plante n’est donc pas visée.

Le vocabulaire du fumeur  

Pour entrer dans le monde du chanvre « stupéfiant », il est bon de savoir que ses amateurs utilisent un vocabulaire qui leur est propre. Les termes « joints » ou « pétards » sont bien connus, bien qu’il soit toujours difficile de savoir ce qu’ils contiennent exactement ( fleurs femelles et feuilles du sommet de la plante additionnées de saletés quelconques pour en faire monter le prix, tabac « saucé » au hashish, etc..). 

L’effet disons « euphorisant » du cannabis est qualifié de high; son effet plutôt "déprimant" de stoned (abruti comme une pierre ?). Une utilisation à dose excessive conduit parfois à un bad trip (sorte de panique) mais, pour des raisons que nous préciserons, une mort par overdosede cannabis n’a jamais été signalée dans l’histoire. 

Le cannabis est aussi qualifié d’herbe ou wheed (mauvaise herbe en anglais) ce qu’elle est effectivement. Certains disent beuh, en mauvais verlan. Le terme américain, skunk vient de la forte odeur que dégage la plante (skunk = putois américain). Les Américains parlent aussi souvent de pot . Le terme courant de shit (merde) pour le hashish est évidemment valable pour toutes les drogues. 

En fait, le cannabis étant en usage dans le monde entier et depuis toujours, il ne faut pas s’étonner des milliers de noms qu’il porte. www.cpop.org/cannabis_synonyms.htm

Les sensations ressenties par le “vrai amateur” de cannabis sont décrites dans les catalogues de graines à la manière des guides des grands vins et dans un vocabulaire aussi sot et ésotérique que dans la description d’un grand Pomerol. A vrai dire, il s’agit ici plutôt de considérations concernant à la fois le goût de la fumée et la culture de la plante. Voici quelques exemples de ce genre de littérature : 

White Widow : La variété la plus acclamée de Hollande ces dernières années. Les plantes sont blanches de pistils porteurs de THC, même sur les feuilles. Une fumée très douce et un super high. 

Passion : La Passion est une variété Indica développée en Californie au cours des années 1970 et cultivée en extérieur aux Pays-Bas depuis 1980. Douce à fumer avec un arôme d'agrumes et un bon high.”  

Hawaian Snow : Populaire chez les fumeurs avec de l’expérience qui cherchent l’ultime sensation. Cette espèce a de grandes têtes qui contiennent beaucoup de THC. Donne un bon sativa high et juste après un sentiment super stoned. 

L’on remarque que parler de « chanvre indien » à notre époque est particulièrement ringard 

Du chanvre greffé sur du houblon ! le pied ?  

Une jolie légende circule parmi les fumeurs de cannabis. Comme le chanvre et le houblon sont botaniquement très proches, il « suffirait » de greffer un plant de houblon sur un plant de cannabis, à la manière des rosiers. Les fleurs du houblon suiteraient alors du hashish (en quantité ?); de plus, le houblon est une culture autorisée et personne ne peut le confondre avec du chanvre. Trop beau pour être vrai; c’est d’ailleurs faux! 

La légende, apparue aux États Unis en 1970, fait référence à une unique étude faite pendant la guerre 40-45 dans le but d’améliorer la production de fibres du chanvre en le greffant sur du houblon. Dans cette étude, les auteurs montraient qu’en inversant le procédé (houblon sur chanvre), les fleurs du houblon produisaient du hashish. Vers 1975, des recherches plus sérieuses montrèrent que la greffe était très difficile et surtout que le houblon continuait obstinément à secréter …de la lupuline. Pas une trace de substance vraiment “stupéfiante “!

Il semble qu’aux États-Unis la légende soit prise au sérieux par le gouvernement car, paraît-il, il est demandé aux cultivateurs de houblon de ne pas vendre de boutures aux particuliers. Egalement trop beau pour être vrai ? 

 LE CANNABIS:UNE PANACÉE?  

Le houblon a toujours fait partie de la médecine ancienne où il faisait un peu figure de panacée, comme le chanvre d’ailleurs. En réalité, la résine de houblon ne présente apparemment que quelques vertus sédatives. En Allemagne, la coutume était d’en bourrer les oreillers des enfants pour favoriser le sommeil. 

Par contre, elle contient curieusement des hormones sexuelles qui influencent dans une certaine mesure les règles des femmes et, de façon négative, le désir sexuel chez l’homme (anaphrodisiaque). C’est en tout cas ce que l’on dit. L’on prétend même que c’est la raison pour laquelle les moines cultivaient le houblon et faisaient de la bière. La résine du houblon, la lupuline, est donc, mais tout à la limite, une drogue “superdouce” ce qui s’explique par sa parenté avec le chanvre.  

Les vertus médicinales du chanvre sont fort différentes. Que l’on craigne que l’utilisation du cannabis nuise à la santé et qu’on en interdise l’emploi dans ce but, rien de plus normal. Pourtant, il n’est pas questions d’interdire le tabac et l’alcool, drogues clairement dangereuses, car dans ce cas la prohibition entrainerait à coup sûr des effets désastreux que chacun peut imaginer. 

La meilleure preuve que le cannabis est diabolisé est donnée par la réticences à l’utiliser lorsque son action est clairement bénéfique. Souvenons nous que dans un certain nombre de pays, dont la France, le corps médical s’est longtemps opposé à l’utilisation de morphine pour éviter des douleurs insupportables sous prétexte qu’il s’agissait d’une “drogue”. 

Ses vertus supposées  

Depuis toujours les plantes sont utilisées en médecine. Leurs vertus sont parfois réelles, mais le plus souvent imaginaires car basées sur leur aspect extérieur, ce que l’on nomme la « théorie de la signature ». Le chanvre ne fait pas exception à la règle; sa forte odeur et l’aspect symbolique de ses feuilles ont dû attirer très tôt l’attention . 

En tout cas, en son temps (vers 2400 avant J.C.), l’empereur légendaire Shen-Nung prescrivait déjà le chanvre femelle tsu-ma pour traiter un peu tout, y compris les problème menstruels. Chose certaine, le médecin personnel de la reine Victoria, le prescrivait pour les règles douloureuses et les insomnies de sa patiente préférée 

Notons qu’ en Chine , si le terme ma ya désignait le chanvre textile, ma-tsui signifiait “ivresse “ et ma-mu “engourdi comme du bois”.

Hua Tuo, un chirurgien réputé du deuxième siècle avant J.C. était capable d’opération chirurgicales en utilisant le ma-yo, un anesthésique fait de hashish et de vin. Ne nous faisons pas d’illusion, le patient devait beaucoup souffrir. 

Rabelais s’amusait à attribuer à son herbe favorite (son pantagruelion), un grand nombre de vertus totalement imaginaires allant même jusqu’à écrire tout un chapitre pour démontrer qu’il était incombustible comme l’amiante. Pourtant, il ignorait totalement les propriétés pour lesquelle ce dernier est connu aujourd’hui car en son temps le “cannabis” n’était pas connu comme “stupéfiant” . Il n’existe d’ailleurs aucune preuve que les médecins européens connaissait l’effet psychoactif du chanvre avant que l’on comprenne l’usage qu’on en faisait aux Indes.

Depuis, le chanvre eut toujours sa place dans la pharmacopée. Vers 1900, il existait de très nombreuses préparations à base de hashish, mais elles commençaient a être remplacées par l’injection de morphine ou l'usage de l’aspirine et autres nouveaux médicaments.   

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 Quelques années plus tard, le cannabis était vis hors la loi sur le plan fédéral. En France, il fut totalement exclu de la pharmacopée vers 1937 sous l’influence des États-Unis, non pour des raisons médicales mais en vertu d’une idéologie que nous avons largement évoquée. 

Ses vertus réelles 

Les effets médicaux du chanvre font actuellement l’objet de nombreuses recherches. 

Son effet est aujourd’hui démontré dans au moins trois applications : 

1. En ce qui concerne le traitement du cancer, il permet de réduire les vomissements qui peuvent se produire lors d’une chimiothérapie. Il peut également soulager les douleurs qui résistent aux fortes doses d’opiacés. 

2. Il réduit la perte d’appétit lors des trithérapies (sida)  

3. Il réduit les spasmes musculaires douloureux liés à la sclérose en plaques. 

Le THC à l’état pur a été synthétisé sous l’appellation de Dronabinol. Cette molécule est vendue sur prescription médicale dans certains pays sous la marque déposée Marinol®

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Il en est de même, en ce qui concerne les nausées, d’un autre cannabinoïde de synthèse, le Nabinol vendu sous la marque Cesa ®. 

Le Sativex ®, utilisé pour la sclérose en plaques, comprend en proportion identique du THC et du cannabidiol (CBD) et se présente sous la forme d’un spray buccal.  

Cependant, les patients qui utilisent du cannabis pour éviter les vomissements suite à une chimiothérapie préfèrent souvent fumer le cannabis plutôt que de prendre du THC synthétique car généralement ils vomissent avant que la pilule fasse son effet (jusqu’à trois heures après). 

Comme chez les fumeurs “récréatifs”, le patient peut ajuster la dose “puff” par “puff” et le THC fait son effet endéans les quelques minutes. De plus, il semble que le THC synthetique perde son effet après quelques traitements sans compter le fait qu’il est coûteux comparé aux joints. 

Même si ces médicaments ont à ce jour des indications limitées et ont des effets secondaires (comme tous les médicaments), ils peuvent rendre de grands services, mais on se rend compte de la résistance de certaines associations médicales et des gouvernements. On les considère comme “drogues de compassion”. On notera que ce genre d’expression n’est jamais utilisé pour l’aspirine, le paracetamol et la morphine. 

Actuellement, douze Etats américains autorisent le cannabis "médical", mais l’administration fédérale poursuit les descentes de police chez les patients, ce qui crée un imbroglio juridique. 

www.druglibrary.org/schaffer/Library/studies/nc/ncmenu.htm

www.blocpot.qc.ca/taxonomy/term/28

www.cannabis-med.org

Le cannabis, une des plantes les plus anciennement cultivées, n'a pas dit son dernier mot.   

 

 

 

  

  

 

 

 

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